Actualités Le mot des collaborateurs

Catherine

Catherine Burer, cheffe des collections, rend hommage aux “Pétrifiés”, les dix sculptures de Carl Bucher qui ont accueilli nos visiteurs durant plus de 30 ans. Ces sculptures quittent aujourd’hui l’atrium pour réintégrer le calme des collections du Musée, et bénéficier d’actions de conservation préventive, devenues nécessaires afin de préserver leur intégrité.

Nous sommes là, debout, debout sans bouger, et nous vous faisons face. Nous ne voyons rien, nous n’entendons rien, nous ne pouvons pas parler, notre visage est recouvert d’un voile et nos mains sont jointes derrière notre dos. Notre corps tout entier, des pieds à la tête, est enveloppé d’un tissu qui nous interdit tout mouvement. Même respirer nous est difficile. Nous sommes présents dans l’atrium du Musée international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge et cet écrin nous offre une protection. Nous sommes les symboles de la violation des droits humains et notre place au sein du musée est garante de notre sécurité. Les visiteurs, en nous découvrant, sont souvent surpris, se sentent interpellés, et montrent leur compassion. Ils nous parlent, nous mettent le bras sur l’épaule, se faufilent entre nous et se font photographier en notre compagnie. En été les oiseaux insouciants se posent sur nos têtes et atténuent la tristesse de notre condition, et en hiver la neige, parfois, nous fabrique un chapeau protecteur qui égaie notre aspect sombre.

Les Pétrifiés est une œuvre de l’artiste suisse Carl Bucher (1935-2015), créée en 1979 et présente dans l’atrium du musée dès son ouverture en 1988. Cet artiste était habité par un idéal, l’humanisme. Il était révolté par l’injustice. Être pétrifié c’est « être transformé en corps minéral », « recouvert d’une couche de pierre », c’est aussi être terrifié. Cette condition lui est insupportable et il l’exprime à travers ces dix figures en grandeur nature, réalisées en polyester recouvert de sable de quartz. Avec ce groupe de personnages l’artiste a voulu créer un mémorial en honneur de toutes les victimes sans défense, une oeuvre qui bouscule l’indifférence du visiteur et l’oblige à se questionner sur la condition humaine. Ces sculptures quittent aujourd’hui l’atrium pour réintégrer le calme des collections du musée, et bénéficier d’actions de conservation préventive, devenues nécessaires afin de préserver leur intégrité.

2 réponses à “Le mot des collaborateurs”

  1. Marie-Laure Berthier dit :

    Merci, chère Catherine, pour ce très bel hommage à nos compagnons de toutes ces années. Heureuse de savoir qu’ils vont pouvoir bénéficier de bons soins de restauration au sein des collections.

  2. Zurbrügg Anne dit :

    Quel dommage ! Mais ces sculptures n’ont-elles pas récemment été restaurées ?

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