Actualités Le mot des collaborateurs

Pascal

Pascal Hufschmid partage son expérience du COVID-19 et vous dévoile la genèse du projet participatif imaginé en collaboration avec Magnum Photos et … vous.

Crédits photo :Carmelo Lacobello, chef du service des maladies infectieuses de l’hôpital Cannizzaro, rencontre son équipe. Catane, Sicile. ITALIE. 25 mars 2020.
© Alex Majoli/Magnum Photos

Il y a deux mois, jour pour jour, j’étais à Kigali en mission d’observation. J’ai eu l’immense chance de découvrir, avec humilité et beaucoup d’intérêt, le travail quotidien de la délégation du CICR au Rwanda. Pendant mon séjour, nous parlions certes du virus mais il n’était pas le seul sujet de conversation. Il restait du temps et de l’espace pour autre chose. Au cours de la journée, il m’arrivait de serrer une main, oubliant de mettre en pratique de nouveaux gestes, encore étranges. Mes maladresses étaient accueillies par des sourires bienveillants, car la proximité et le contact physiques étaient encore la norme. Nous prenions pour acquis le fait d’aller manger au restaurant et s’asseoir côte à côte sur le vol du retour était une évidence.

Depuis, tout a changé. Si j’avais bien eu l’intuition, en atterrissant à Genève le jeudi 12 mars, que notre quotidien allait évoluer, je n’aurais jamais pu imaginer un tel bouleversement. Bien sûr, je m’étais tenu informé en lisant les nouvelles qui venaient de Chine, puis d’Italie. J’avais observé le phénomène à travers mes journaux et mes écrans. L’orage grondait mais je l’imaginais relativement distant.

Puis l’écart entre les nouvelles et ma réalité a brusquement disparu. En l’espace de 48 heures, tout s’est arrêté. J’ai dû réinventer ma manière de travailler, réorganiser mon quotidien et apprendre à vivre avec l’incertitude, comme tout le monde. Ne plus pouvoir embrasser ses amis. Assumer, simultanément, à plein temps et depuis la maison, les rôles de père, d’enseignant et de directeur de musée. Devoir placer des collaborateurs en chômage partiel. Voir, dans la rue, les passants se couvrir la bouche et le nez à l’approche de mes enfants, soudainement considérés comme des « vecteurs ». Dans cette même rue, faire la queue pour accéder au supermarché. Avoir la chance de pouvoir y faire ses courses alors que d’autres, à Genève même, attendent dans une file de plus d’un kilomètre pour obtenir une aide alimentaire. Avoir la chance de ne pas être tombé malade. Avoir la chance de vivre dans un pays dont le système de santé tient le choc et dire merci en applaudissant au balcon, en famille. Tous les jours, prendre des nouvelles des autres. Tous les jours, faire du mieux qu’on peut, accepter sa propre vulnérabilité et celle des autres, et continuer d’avancer en pleine tempête.

Je témoigne ici de mon expérience de la pandémie. La vôtre est certainement très différente. Voilà ce que je trouve exceptionnel dans ce que nous vivons. Il s’agit d’une expérience à la fois commune, à échelle planétaire, et profondément personnelle. Nous sommes tous légitimes à en parler. Mes collègues et moi vous proposons de constituer une mémoire collective de cette période unique. Si vous le souhaitez, vous pouvez nous confier votre témoignage personnel sur notre portail en ligne. Nous le conserverons dans nos collections.

Avec respect et bienveillance, nous partagerons ces témoignages. En prenant conscience de l’expérience des autres, nous pourrons peut-être mieux comprendre ce que nous vivons. Surtout, nous pourrons commencer à imaginer notre nouvelle réalité et regarder vers l’avant. Pour nous accompagner, nous découvrirons, chaque semaine, des images inédites de photographes de l’agence Magnum dans le monde entier. Nous serons confrontés à une multiplicité de points de vue sur un même phénomène. Nous diffuserons leurs images à travers nos plateformes en ligne et en discuterons avec vous avant de les installer, progressivement, dans notre exposition permanente. Les normes d’hygiène que nous devons mettre en place nous amènent à en perturber le parcours de visite. Tant mieux ! De toute façon, toute notre vie est perturbée, alors autant investir « L’Aventure humanitaire » avec un nouveau regard. Sous l’impact de la pandémie, l’action humanitaire est amenée à s’adapter ; il nous paraît essentiel que notre exposition en fasse de même.

Chaque semaine, nous vous proposerons un thème. Il servira de fil rouge entre les images que nous diffuserons. Lundi, nous commençons en prenant la pleine mesure du bouleversement. La COVID-19 nous défie à tout niveau, car elle nous pousse à remettre en question nos repères, nos habitudes et nos certitudes. Notre clef de lecture pour la semaine : “défier”.

Rendez-vous en ligne.

Bien à vous,

Pascal

 

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